Premières Rencontres ISTOR
Le samedi 13 juin 2026 se sont tenues à Guingamp les premières Rencontres ISTOR, sur le site de l’INSEAC, l’ancienne prison de Guingamp transformée en Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle. Le public était venu nombreux, et les échanges ont été fructueux !
Accueil
La journée a démarré par une introduction du professeur Emmanuel Laot pour l’INSEAC, et de Françoise Le Goaziou, présidente de l’association Cités culturelles de Bretagne, qui porte le projet ISTOR.
Présentation du site ISTOR
Rozenn Milin a ensuite présenté le site ISTOR et ses différentes entrées : grandes figures de l’histoire de la Bretagne, grandes dates, grandes périodes, sites historiques, sans oublier un quiz qui permet de tester ses connaissances.
Et elle a détaillé les projets en cours et à venir : une traduction intégrale du site en breton, une exposition des dessins de Goutal destinée à tourner dans toute la Bretagne, des versions audio des textes du site (podcasts), et le développement d’une section du site destinée aux enseignants, qui mettra à leur disposition des supports pédagogiques sur l’histoire de la Bretagne.
Présentation du travail du dessinateur GOUTAL
Le site ISTOR se veut très rigoureux sur le plan historique mais également très accessible et très illustré. Le dessinateur Goutal décrit les recherches qu’il effectue dans l’iconographie d’époque pour que cette rigueur historique soit également présente dans les tenues vestimentaires des personnages qu’il dessine.
Table ronde 1
"L'enseignement de l'histoire de la Bretagne de l'école primaire au Lycée"
Rozenn Milin donne brièvement les résultats d’une enquête menée avec Div Yezh auprès des enseignants. Trois obstacles à l’enseignement de l’histoire de la Bretagne ont été identifiés :
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un programme d’histoire déjà surchargé
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le manque de formation des enseignants
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le manque d’outils pédagogiques
1. Un programme chargé
Clyde Dlugy-Belmont, Professeur des écoles à Diwan et Mikael Couteller, professeur d’histoire-géographie dans le secondaire (français et bilingue), expliquent comment ils parviennent à faire rentrer l’histoire de la Bretagne dans le cadre de leurs cours.
Ils soulignent en particulier qu’il est tout à fait possible de survoler l’ensemble du programme, de la Préhistoire à nos jours, en enseignant l’histoire de la Bretagne « en miroir » de l’histoire de France aux mêmes périodes. En primaire, par exemple, l’étude de certaines grandes figures de l’histoire de France sont une occasion de travailler sur un personnage historique breton « en miroir » : Clovis et le Roi Waroch ; Charlemagne et Nominoë ; François 1er et Anne de Bretagne, etc.
Par ailleurs, l’Éducation nationale incite aujourd’hui les enseignants à partir de l’environnement proche de l’élève, et à rechercher des exemples locaux pour illustrer ce qui est vu en cours d’histoire-géo. Cette approche permet ainsi d’aborder l’histoire de la Bretagne à travers les multiples sites chargés d’histoire.
2. Le problème de la formation des enseignants
Cédric Choplin, maître de conférences à l’université Rennes 2, passe en revue les cursus des universités bretonnes en ce qui concerne l’enseignement de l’histoire.
Seule l’UBO (Brest et Quimper) propose des modules obligatoires sur l’histoire de la Bretagne, en l’occurrence 44 heures en deuxième année de licence.
Dans les universités de Rennes 2 (sites de Rennes et Saint-Brieuc) et Nantes, l’enseignement de l’histoire de la Bretagne n’a rien d’obligatoire, mais il existe des modules facultatifs. Le sujet est par ailleurs abordé par de nombreux professeurs.
En résumé, bon nombre d’étudiants des universités bretonnes qui se destinent à enseigner l’histoire n’approchent jamais l’histoire de la Bretagne dans leurs cours. Pourtant il y a une grande appétence des étudiants pour cette histoire.
Ce manque de formation est confirmé par Amandine Klein, formatrice à l’INSPÉ pour le primaire et Jean-Christophe Tutin, formateur à l’INSPÉ pour le secondaire.
Amandine Klein indique que le bagage en histoire des futurs enseignants du primaire est généralement très faible car ils viennent de toutes sortes de licences. L’INSPÉ ne peut corriger ces manques car les matières enseignées sont nombreuses, et 10 heures par an seulement sont consacrées à l’histoire, de la préhistoire à nos jours, de la maternelle au CM2. Il va de soi qu’il est impossible de rattraper le retard en histoire de la Bretagne dans ce cadre. La réforme de la formation des professeurs des écoles à venir devrait améliorer la situation puisque les étudiants seront désormais formés à leur futur métier en 5 ans.
Jean-Christophe Tutin souligne par ailleurs, en ce qui concerne le collège et le lycée, que le concours du CAPES est national. La Bretagne étant très demandée, les étudiants formés dans les universités bretonnes doivent généralement partir ailleurs enseigner, alors que beaucoup d’enseignants venant de l’extérieur et n’ayant jamais eu de formation à l’histoire de la Bretagne y obtiennent des postes. Dès lors, tout dépend de la volonté des enseignants à apprendre et enseigner aussi cette histoire en s’appuyant sur le local, le proche, et en faisant le lien avec une échelle plus grande, la France, l’Europe, etc.
3. La question des supports pédagogiques
Hervé Peaudecerf explique le rôle de Ti Embann ar Skolioù (TES), une structure publique d’édition dont la mission est d’élaborer des supports pédagogiques en breton dans différentes matières. Ceux-ci peuvent être conçus à partir d’une traduction de manuels francophones, mais la création de supports spécifiques en breton est plus adaptée, et elle permet d’intégrer des points d’histoire de la Bretagne.
Les enseignants des classes monolingues sont plus démunis en ce qui concerne l’histoire de la Bretagne. Le réseau Canopé a remplacé le CRDP (Centre régional de documentation pédagogique) dont la mission est désormais la formation continue des enseignants et non plus la création de matériel pédagogique. Les anciens supports produits par le CRDP sont toujours utilisables mais ils ne sont malheureusement pas réédités.
4. L’Éducation artistique et culturelle
Emmanuel Laot, coordinateur EAC des Côtes d’Armor, explique que l’Éducation artistique et culturelle peut être une porte d’entrée pour l’histoire de la Bretagne. L’EAC vise en effet l’acquisition de connaissances par la rencontre des élèves avec des lieux et des personnes (scientifiques, artistes…), et on peut intégrer de l’histoire de la Bretagne dans ce cadre
Toute l’offre disponible en EAC est recensée sur la plateforme Adage, que les enseignants peuvent consulter pour choisir les projets qu’ils souhaitent mettre en œuvre, mais uniquement en collège et lycée, pas en primaire. L’histoire de la Bretagne n’y est pas fléchée en tant que telle, mais il faut chercher les propositions sur ce point dans « patrimoine », « mémoire » ou « architecture.
Le coût est pris en charge par le pass Culture, à l’exception du transport, qui peut être financé par les municipalités.
Visite de l'INSEAC par Emmanuel Laot
L'INSEAC (Institut national supérieur de l'éducation artistique et culturelle) a ouvert ses portes en 2021. L'école est installées dans les locaux de l'ancienne prison de Guingamp, fermée définitivement en 1952. Rachetés par la ville de Guingamp en 1992, l'ensemble de bâtiments est classé monument historique en 1997, et une importante rénovation est entreprise. Les locaux accueillent aujourd'hui l'INSEAC et le centre d'art GwinZegal.
Table ronde 2
"Propagande et désinformation pendant la Seconde Guerre mondiale"
Bernez Rouz met en avant le poids de la propagande pendant la Seconde Guerre mondiale : le régime de Vichy crée en effet un ministère de l’Information et de la Propagande, les Allemands disposent de leurs propres services, tandis que les Britanniques instrumentalisent la BBC pour diffuser leurs messages auprès des Français.
Les historiens Yannick Botrel, Alain Lozac’h et Alain Quillivéré, qui ont étudié la situation dans les Côtes-d’Armor, montrent toutefois que l’impact de la propagande de la BBC reste limité en début de guerre. Ainsi, l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle est peu entendu en Bretagne et ne constitue pas le point de départ de la Résistance locale. Son importance symbolique sera surtout renforcée après la guerre par les gaullistes.
L’attaque britannique de Mers el-Kébir donne lieu à une campagne de propagande de Vichy et des autorités allemandes visant à développer l’hostilité envers les Anglais. Malgré cela les rapports des préfets des Cotes d’Armor pointent une anglophilie manifeste de la population dès la fin de 1940.
Concernant le maréchal Pétain, son prestige initial, notamment auprès des anciens combattants de 14-18, s’étiole rapidement après l’officialisation de la collaboration avec l’Allemagne en octobre 1940. La légende de Pétain « bouclier de la nation », complice de de Gaulle, qui en aurait été « le glaive » est une invention des avocats de Pétain à l’issue du conflit.
L’usage des affiches, du cinéma, de la radio et de la censure des journaux d’information se montre peu efficace. En revanche, les pénuries, les difficultés de ravitaillement et le Service du travail obligatoire (STO) renforcent progressivement le rejet de la collaboration et la sympathie envers la Résistance.
Après la Libération, les mouvements politiques valorisent les actions de la France libre et de la Résistance, tandis que de nombreux résistants, notamment des femmes, restent discrets sur leurs actions clandestines.
En conclusion de la table ronde, Laurent Garreau, spécialiste de l’Éducation aux Médias et à l’Information, assure que les mécanismes de désinformation évoqués sont toujours d’actualité aujourd’hui. Si la guerre informationnelle utilisait autrefois le papier, elle se joue maintenant sur la toile et à l’échelle planétaire. L’historien et l’enseignant d’aujourd’hui doivent donc devenir des « cyber-résistants », dont le rôle sera aussi de protéger les générations à venir des dangers de l’Intelligence artificielle. C’est une urgence démocratique.
Conclusions de la journée
Rendez-vous est pris pour l'année prochaine, en 2027 : la seconde édition des Rencontres ISTOR se tiendra dans une autre ville avec, le matin, un nouvel état des lieux de l'enseignement de l'histoire de la Bretagne, et des conférences l'après-midi sur une thématique différente.
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