Les remparts de Saint-Malo
cité corsaire
Parcourir les remparts de Saint-Malo, qui ceinturent la ville sur deux kilomètres, c’est découvrir toute son histoire. Ancrée dans le roc et tournée vers les mers, elle est faite de voyages, de découvertes, de négoce, de combats et d’aventures.
Malo
Saint Malo est l’un des sept saints fondateurs de la Bretagne. D’après sa vie, écrite par le moine Bili en 870, ce moine né au Pays-de-Galles vécut au VIème siècle. Il débarqua à l’île de Cézembre avant de rejoindre la cité d’Aleth, située au sud des remparts actuels, puis l’île d’Aaron, site de l’actuelle vieille ville de Saint-Malo, où il crée un Minihi (asile monastique).
Malo - connu aussi sous les noms de Machutis, Macuti, Macloue, Magloire, est le premier évêque de Saint-Malo. L'évêché, implanté dans un premier temps à Aleth, fut fragilisé par de nombreuses attaques des Francs et des Normands.
En 1146, l’évêque d’Aleth - quartier actuel de Saint-Servant -, Jean de Châtillon, transfère son siège épiscopal sur le rocher de Malo, et y fait construire un port et les premiers remparts ceinturant la ville de Saint-Malo sur 16 hectares. Sous ses divers noms (Saent Malou en 1282, Saint Malou en 1287 et Saint Malo en 1304), la ville se définit comme cité épiscopale, échappant au pouvoir du duc de Bretagne.
« Ni français, ni breton, malouin suis »
Lors de la guerre de succession de Bretagne (1341-1365) Saint-Malo se range du côté de Charles de Blois, puis du côté de Jean de Montfort en 1365. Ce dernier érige la Tour Solidor pour contrôler l’estuaire de la Rance et Saint-Malo. En réaction, l’évêque Josselin de Rohan prétend que la ville de Saint-Malo, bâtie sur un terrain ecclésiastique, ne dépend que du pape. La ville se tourne de nouveau du côté du pouvoir royal français lors de l’exil de Jean IV en Angleterre. Charles VI, roi de France accorde le statut de port franc à la cité en 1394, c’est-à-dire que les navires ne paient pas d’imposition à l’entrée comme à la sortie du port : une aubaine pour le commerce ! Ce statut est confirmé en 1415 quand la ville revient dans le giron du duc de Bretagne. La ville poursuit son développement avec l’essor du négoce et ses remparts évoluent au gré des agrandissements. En 1513, Anne de Bretagne consacre l’établissement d’une communauté de ville et oblige l’évêque et le chapitre à composer avec ce nouveau pouvoir roturier.
Saint-Malo profite largement de son statut particulier et devient prospère au XVIème siècle. Refusant de prendre parti lors des guerres de la ligue qui opposent catholiques et protestants, les Malouins proclament la République de Saint-Malo en 1590. Pendant quatre ans, le conseil de la ville s’arroge tous les pouvoirs. La conversion d’Henri IV en 1594 met fin à cette République éphémère. Les Malouins réintègrent le Royaume de France, non sans négocier des conditions très avantageuses qui feront la prospérité de Saint-Malo jusqu’à la Révolution. La devise officieuse de la ville "ni français, ni breton, malouin suis" viendrait de cette période. Mais comment ne pas comprendre la fierté des malouins qui ont vu naître dans leur petite cité tant d’hommes illustres, et tant de capitaines qui ont parcouru les mers jusqu’aux confins.
Cité corsaire XVIIe - XVIIIe siècles
Derrière ses remparts, la ville était dit-on un « nid de corsaires », mais qui sont-ils ? Ce ne sont pas des pirates, non, qui eux sont « hors la loi », ou sans foi ni loi, c’est selon, et dont il vaut mieux ne pas croiser le sillage. Leur nom vient de la course (du latin cursus, cours), qui est un mode de guerre en mer où un particulier - le corsaire - peut attaquer les navires ennemis et prendre leurs marchandises, muni d’une lettre de marque de l’Amirauté. Les corsaires, qui sont aussi des armateurs, contribuent ainsi à déstabiliser l’économie ennemie, tout en s’enrichissant et en enrichissant le roi. La guerre de course prend fin en 1856 en Europe par le traité de Paris. Entre-temps, beaucoup se seront enrichis et, à Saint-Malo, les maisons d’armateurs florissent, le commerce est international.
Certains corsaires de Saint-Malo sont célèbres, comme René Duguay-Trouin (1673 – 1736), fils d’armateur, grand navigateur et brillant stratège, ou encore Robert Surcouf (1773 – 1827), capitaine corsaire à 20 ans, armateur et négrier, terreur des anglais sur les mers.
L’archéologie sous-marine a fait quant à elle des découvertes étonnantes devant la ville ! Deux épaves de navires corsaires ont été découvertes en 1995 à Saint-Malo. Les fouilles se sont déroulées de 1999 à 2008. Il s'agit des navires La Dauphine, une frégate de 300 tonneaux perdue en 1704 à l’entrée de Saint-Malo, et L’Aimable Grenot, une autre frégate de 400 tonneaux. Elles sont dites épaves de la Natière 1 et 2 du nom du lieu où elles ont été retrouvées. Les archéologues y ont mis au jour de la vaisselle en étain, des flacons, des objets, les outils d’un chirurgien, des pots à onguents, un bateau en bois miniature… Une découverte fondamentale pour pouvoir contribuer à documenter l’histoire de ces navires et des corsaires.
Bâtis et destructions
Après un incendie des remparts en 1661, il faut attendre le XVIIIe siècle pour que l’ingénieur militaire Siméon Garangeau, disciple de Vauban, soit chargé d’établir les plans des nouveaux remparts. La ville est alors agrandie, et les remparts modifiés sont souvent reconstruits pour partie avec les anciennes pierres.
Les remparts résisteront à tous les assauts, y compris anglais et anglo-hollandais, jusqu’en 1944. Pendant la Seconde guerre mondiale, les Allemands occupent la ville qui est bombardée par les Américains à plusieurs reprises entre le 6 et le 14 août 1944. Cathédrale, hôpital, rues, marchés, bassins du ports…la vieille ville est en ruines, elle est aux trois quarts détruite et à rebâtir, et les remparts eux aussi sont endommagés.
Les remparts
Il y a à l’évidence beaucoup à voir à Saint-Malo ! Commencer par se promener sur les remparts permet par beau temps de profiter de panoramas magnifiques, et d’imaginer sans doute les grands navires corsaires sur l’horizon, tout en découvrant l’histoire de la ville.
Du haut des remparts, on peut notamment voir les quatre forts bâtis sur des îlots, et l’îlot du Grand Bé ou repose François-René de Chateaubriand (1768 – 1848). L’écrivain, natif de Saint-Malo, a lui-même choisi de son vivant l’emplacement de son tombeau.
Vous pouvez accéder aux remparts par différentes portes : la Porte Saint-Thomas, la Porte de Dinan, la Porte Saint-Pierre, la Grand’ Porte (la plus ancienne), et la Porte Saint-Vincent (aujourd’hui, l’entrée principale de la ville intra-muros). Les remparts sont jalonnés de tours et de bastions différents, comme par exemple la Tour Bidouane, une ancienne poudrière, d’où vous aurez un panorama sur toute la baie de Saint-Malo. Vous y verrez bien-sûr des maisons d’armateurs, et une célèbre et grande maison de corsaire, l’Hôtel d’Asfeld, qui appartenait à François Auguste Magon de la Lande, corsaire de Louis XV.
Pour faire par le menu le tour des remparts : https://www.saint-malo-tourisme.com/nos-tresors-preserves/saint-malo-le-bijou-corsaire/faire-le-tour-des-remparts-de-saint-malo/
Le Fort National
C’est un magnifique monument, emblématique de Saint-Malo, construit sur une île accessible à marée basse (donc, attention aux marées si vous voulez revenir à pied !) Il a été construit en 1689, sur décision de Louis XIV, par l’ingénieur Siméon Garengeau et d’après les plans de Vauban.
Le site du fort : www.fortnational.com
Musée d’Histoire de la ville et du pays malouin
Le musée d'histoire a fermé en 2019, mais une partie de ses collections est visible dans la Tour du Grand Donjon et dans la Tour générale. À terme, les collections devraient être transférées dans le futur musée maritime. On peut notamment y voir le globe terrestre de Georges Adams, un célèbre fabricant d’instruments scientifiques, ainsi que de nombreux objets ayant appartenu à des capitaines au long cours cap-horniers. Ces collections retracent l’histoire de la ville de la préhistoire à nos jours, et renseignent sur la vie des Malouins jusqu’à certains des plus célèbres, comme Jacques Cartier (1491-1557), à qui nous devons la découverte du Canada.
L'ouverture du Musée maritime est prévue pour 2028. Une grande partie des objets en provenance des épaves de la Natière devraient y être exposés.
Le festival Étonnants voyageurs
Si vous êtes dans la ville au mois de mai, vous pourrez profiter du festival Étonnants voyageurs, formidable lieu de rencontres, d’échanges et de découvertes d'oeuvres littéraires et cinématographiques. Il se déroule dans plusieurs lieux de la ville, avec des approches variées dont certaines dédiées à la jeunesse, des concours de lecture, des projections et des débats…C’est l’occasion de rencontrer des écrivains, célèbres ou encore peu connus, de découvrir des talents et de profiter de cette ouverture sur le monde, bien à l’image de la ville.
Pensez à réserver avant car il y a du monde !
Le site du festival https://www.etonnants-voyageurs.com/
Les livres et articles
Bernard Tanguy, Grand dictionnaire historique des Saints et saintes de Bretagne, pp 417-423, Skol Vreizh, 2024.
Philippe Petout, Les Remparts de Saint-Malo, Éditions Cristel, 2022.
Michel Vergé-Franceschi, Surcouf, la fin du monde corsaire, Éditions Passé Composé, 2022.
René Duguay-Trouin, Mémoires de Duguay-Trouin : Corsaire du Roi-Soleil, Nouveau Monde Éditions, 2021.
Gérard Piouffre, Corsaires, flibustiers, et autres forbans, Éditions Ouest France, 2019.
Olivier Chéreil de la Rivière, Guide secret de Saint-Malo, Éditions Ouest France, 2017.
Gilbert Buti, Philippe Hrodej, Histoire des pirates et des corsaires. De l'antiquité à nos jours, CNRS Éditions, 2016.
J.M Hamon, Saint-Malo, son passé, le tour de ses remparts (Ed.1885), Éditions Hachette, BnF, 2016.
Gilles Foucqueron, Saint-Malo, histoire et géographie contemporaine, Éditions Ouest France, 2016.
Michel l’Hour, Elisabeth Veyrat, Un corsaire sous la mer : Les épaves de la Natière, archéologie sous-marine à Saint-Malo, Éditions Adramar, 2001.
André Lespagnol, Histoire de Saint-Malo et du pays malouin, Éditions Privat, 1984.
Biographie
François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Éditions de Jean-Claude Berchet, le Livre de Poche, 4 tomes, 2001-2002.
Romans
Bernard Simio, Ces messieurs de Saint-Malo, Éditions Le Livre de Poche, 1987 pour le Tome 1. La saga compte quatre tomes.
Bandes dessinées
Pascal Bresson (avec la contribution de), Saint-Malo de l’Antiquité à nos jours, Éditions Petit à Petit, 2023. Bande dessinée historique.
Guy Michel (Dessin), Arnaud Delalande (Scénario), Erick Surcouf (Scénario), Surcouf, la naissance d’une légende, Tome 1, Éditions Glénat, 2015. La série compte quatre tomes.
Reportage
France 3 Bretagne, 2014, Le 17 août 1944, Saint-Malo était libérée :
Sites internet
Office de Tourisme : https://www.saint-malo-tourisme.com/nos-tresors-preserves/saint-malo-le-bijou-corsaire/
Ministère de la Culture :
https://archeologie.culture.gouv.fr/fr/les-epaves-corsaires-de-saint-malo
ADRAMAR – Archéologie maritime :