Châteaubriant
L’histoire de la ville et de son château est liée à la proximité des frontières du duché de Bretagne et du royaume de France.
On trouve dans la zone autour de Châteaubriant des traces d’une occupation très ancienne, dès la préhistoire. La région était riche de nombreux menhirs, qui ont pour la plupart malheureusement disparu, beaucoup ayant été détruits, notamment par un abbé qui les recyclait en calvaires !
Quant à la ville elle-même, elle s’est déployée autour de ce qui est aujourd’hui un simple quartier de Châteaubriant, le quartier de Béré. Occupé il y a 2000 ans par un peuple gaulois, Béré se situait alors au confluent des terres des Andécaves, des Redones, des Vénètes et des Namnètes.
La ville se développe ensuite au fil des siècles : on y frappe monnaie à l’époque mérovingienne (du Ve au VIIIe siècles), et le bourg de Béré compte déjà trois églises à l’époque carolingienne (du VIIIe au Xe siècle).
A partir du VIIIe siècle, les Francs créent des zones frontières, appelée « marches », entre leurs territoires et ceux des Bretons. Elles leur servent à la fois de zones de surveillance et de bases arrières pour les expéditions contre les Bretons. La première marche inclut les comtés de Vannes, de Nantes et de Rennes. Elle disparaît au IXe siècle quand la Bretagne récupère, d’abord le comté de Vannes, puis les comtés de Nantes et de Rennes. Les marches de Bretagne désignent dès lors les zones frontalières du duché, qui permettent d’en assurer la défense. Béré, situé tout à l’est de la Bretagne, est un site stratégique, un poste avancé de ces marches.
C’est un certain Brient, un proche du comte de Rennes, qui fait construire au début du XIe siècle un château sur un promontoire situé face à Béré. Cette forteresse, dont on peut encore voir le donjon aujourd’hui, constituait avec les châteaux de Vitré, Fougères, Ancenis et Clisson, un réseau fortifié destiné à défendre le duché face aux voisins, notamment le comte d’Anjou.
Châteaubriant connaît ensuite plusieurs attaques et combats. Parmi eux, une bataille oppose en 1223 le duc de Bretagne Pierre de Dreux au sénéchal d’Anjou, du Maine et du Poitou. Un autre événement marquant est le siège de la ville, ordonné par le roi Louis IX (Saint-Louis) en 1235. Des remparts sont donc construits et renforcés entre le XIIIe et le XVe siècle, et des douves sont creusées.
La ville est encore le théâtre de combats pendant la Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) qui voit les partisans des Montfort (soutenus par l’Angleterre) et ceux des Penthièvre (alliés du roi de France) s’affronter pour la succession du duché de Bretagne. La famille des seigneurs de Châteaubriant soutient les Penthièvre.
La famille de Brient, fondatrice de la ville de Chateaubriant, s’éteint au XIVe siècle et est remplacée par la puissante famille de Dinan. Au XVe siècle, Françoise de Dinan joue un rôle clef dans le destin de la Bretagne en s’alliant avec le couronne de France contre le duché.
A partir de Louis XI, monté sur le trône en 1461, les rois de France font en effet pression pour annexer la Bretagne. Lorsque le roi décède, en 1483, le pouvoir est assuré par sa fille ainée, Anne de France, en attendant la majorité de son frère, le futur Charles VIII. Anne poursuit les mêmes objectifs que son père et finance certains membres de la noblesse bretonne pour les rallier à sa cause et isoler le duc de Bretagne François II. C’est ainsi qu’une soixantaine de nobles bretons (Rohan, Rieux, Laval, etc.) se réunissent chez Françoise de Dinan à Châteaubriant en mars 1487, et signent un traité demandant une intervention du royaume de France en Bretagne.
Les troupes françaises interviennent donc dans le Duché, et Châteaubriant accueille la cour royale du 16 au 30 Août 1487. Guy de Laval, le mari de Françoise de Dinan, livre même son château de Vitré aux Français.
Mais les Français ne quittent pas la Bretagne, et le maréchal de Rieux, mécontent, se rallie finalement au duc François II. Lors d’un souper à Châteaubriant, il s’écrie « Soyons tous bretons » et expulse les Français de la forteresse. Françoise de Dinan et son mari Guy de Laval restent quant à eux dans le camp français.
Le duc reprend alors la plupart de ses places fortes, mais les Français ne lâchent pas pour autant l’affaire : l’armée royale, sous le commandement de Louis de la Tremoille, revient au printemps 1488. Châteaubriant, défendue par 2000 hommes, est reprise le 23 avril 1488 après un siège d’une semaine. Et la Tremoille ordonne la démolition partielle de la place forte, au grand mécontentement de sa propriétaire, Françoise de Dinan.
La campagne militaire se termine par la bataille de Saint Aubin du Cormier le 28 juillet 1488, qui voit l’armée du roi écraser les troupes bretonnes. La victoire française débouche le 19 août sur le traité du Verger, signé par le jeune roi Charles VIII et le duc François II, qui place de fait la Bretagne sous la tutelle de la couronne de France.
François II décède le 9 septembre 1488, et Françoise de Dinan devient gouvernante de ses deux filles, Isabeau et Anne, qui n’a que 11 ans. L’histoire se clôt en 1491 quand la duchesse Anne doit épouser le roi Charles VIII. Le château perd alors son importance stratégique.
Le petit-fils de Françoise de Dinan, Jean de Laval-Châteaubriant (1486 -1553), poursuit les aménagements du château déjà engagés par sa grand-mère. Il construit en particulier les ailes Renaissance du château.
Jean de Laval est par ailleurs gouverneur de Bretagne et son épouse, Françoise de Foix (1495 -1537), est l’une des favorites du roi de France François 1er. Délaissée par le roi, Françoise finit par revenir au château, où elle meurt soudainement une nuit de 1537. La légende dit que son mari Jean de Laval, jaloux, l’aurait assassinée dans sa chambre. Cette chambre dorée est depuis réputée hantée par les trois protagonistes de l’histoire…
Sans héritier, Jean de Laval lègue le château et la baronnie de Châteaubriant à Anne de Montmorency (1493-1547), un connétable de France, illustre et puissant, qui ajoute encore des éléments au château.
Puis, à la fin du XVIe siècle, le château subit les assauts des troupes d’Henri IV pendant les guerres de la Ligue qui atteignent la Bretagne en 1589. Un siège violent et des attaques d’artillerie font des dégâts importants, notamment sur le donjon et les parties Renaissance.
Le XVIIe siècle voit les Montmorency tomber en disgrâce. Leurs biens sont confisqués par la couronne de France pour être donnés au prince Henri de Bourbon-Condé (1588-1646). Châteaubriant demeure dès lors propriété des Condé quasiment sans discontinuer jusqu’à la Révolution.
Le château est confisqué à la Révolution et connaît diverses fortunes et infortunes : caserne, avec logements, boulangerie et magasin militaire, hospice pour galeux, etc.
Henri d’Orléans, duc d’Aumale (1822 -1897), héritier des Condé, décide d’acheter le château en 1844 pour le restaurer. Il en sera le dernier propriétaire privé, pour seulement quelques années. Il le revend en effet en 1853 au département de Loire-Inférieure, qui y installe différentes administrations.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il est réquisitionné par l’armée allemande qui s’y installe. En 1941, les corps des 27 otages fusillés à Châteaubriant, parmi lesquels figurent Guy Moquet et Charles Michel, sont déposés devant le bâtiment des gardes. En 1944, un bombardement censé viser la gare cause de gros dégâts en particulier sur les logis Renaissance. Les différentes sections du château sont ensuite progressivement restaurées.
Le château a été classé aux Monuments Historiques en 1921 et restauré en plusieurs endroits.
Ses éléments d’architecture sont d’une grande richesse, des remparts médiévaux au château Renaissance, qu’on peut d’abord découvrir de l’extérieur.
L’intérieur du château ne se visite pas dans son entier mais plusieurs parties sont accessibles : la Chambre dorée, la Grande Galerie, l'escalier d'apparat et le chemin de ronde de la haute-cour. Un espace est aménagé dans l’ancienne maison du duc d’Aumale, qui propose des animations vidéo permettant découvrir l’histoire du château. Et dans le grand logis médiéval, c’est un espace 3D qui, via une table interactive permet d’explorer la forteresse de l’époque, de revivre le siège de 1488, ou de survoler le château Renaissance !
Le parc du château est en accès libre, ainsi que la promenade du duc d’Aumale qui a fait l’objet de travaux et d’un aménagement paysager. Depuis 2021, on peut s’y promener en longeant l’étang de la Torche, et découvrir des perspectives sur le château.
Des idées de visites ainsi que des plans du château sont accessibles ici.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, une série d’actions est menée par des groupes armés communistes à Bordeaux, Nantes et Rouen, et le lieutenant-colonel Karl Holtz, Feldkommandant de Nantes, est assassiné le 20 octobre.
En représailles, les autorités allemandes décident d’exécuter 48 otages à Nantes, au Mont Valérien à Paris et à Châteaubriant. A Châteaubriant, ce sont 27 militants communistes qui sont d’abord internés au camp de Choisel par les autorités de Vichy. Le 22 octobre 1941 ils sont conduits à la carrière de la Sablière et fusillés.
Sur le lieu de l’exécution se dresse aujourd’hui une sculpture monumentale d’Antoine Rohal qui met en exergue le courage et la solidarité des otages de Châteaubriant. Les 27 portraits des victimes mortes pour la France se dressent en un arc de cercle autour du monument.
Parmi eux figurent le jeune Guy Moquet, mais aussi plusieurs Bretons : Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau, Marc Bourhis, instituteur à Trégunc, Maximilien Bastard, de Nantes, Eugène Kerivel de Basse-Indre, et Julien le Panse de Nantes.
Le site de la Carrière, sur la route de Laval, est en accès libre de 9h à 18h. On y voit le monument et le parcours mémoriel avec les 27 panneaux commémoratifs.
On peut aussi visiter un musée de la Résistance, installé dans l’ancienne ferme à l’entrée du site. Il contient 500 pièces originales illustrant l’histoire de la Résistance en France.
Située dans l’ancien faubourg qu’était Béré, cette église a été construite au XIe siècle ou dans la première moitié du XIIe siècle. Elle possède un beau retable baroque, et une chapelle de l’Ecce Homo (expression latine attribuée à Ponce Pilate désignant Jésus : « voici l’homme ») du XVIIe siècle.
L’église a été abandonnée pendant la Révolution, puis elle a été rendue au culte en 1839.
En 10La foire de Béré, qui existe encore aujourd’hui, a des origines très anciennes, peut-être aussi lointaines que l’époque mérovingienne. Son existence est ensuite attestée dans des documents datant du XIe siècle : en 1050, l’évêque de Nantes confirmait en effet la donation des revenus de la foire de Béré (nommée foire Saint-Hilaire) par le seigneur Brient à l’abbaye de Marmoutier.
Au XIIIe siècle, la foire est dite de la Sainte-Croix de Béré, un nom qui joint travaux agricoles, commerce et religion.
La foire se poursuit à l’époque actuelle, et elle se tient toujours, comme à son origine, le 14 septembre au Champ Saint-Père. Avec le temps elle s’est agrémentée de cirques et autres attractions et animations, qui en font un rendez-vous festif de la région.
Les livres et articles
Alain Salamagne, Monique Chatenet, Laure le Tallec, Le château de Châteaubriant, Éditions Grand Patrimoine Loire-Atlantique, 2023.
Charles Goudé, Amédée Guillotin de Corson, Histoire de Châteaubriant, baronnie, ville et paroisse, Éditeur Michel Pinsonnay, (réédition de l’ouvrage du XIXe siècle), 2022.
Aubrée David-Chapée, Anne de France : Gouverner au féminin à la Renaissance, Éditions Passés Composés, 2022.
François Le Bœuf, Denis Pilet, Châteaubriant, Loire-Atlantique, Éditeur Caisse Nationale des Monuments Historiques, 1997.
Les sites Internet
Office de tourisme de Châteaubriant-Derval : c'est par ici!
Khodex : les foires au Moyen Âge.