Cathédrale Saint Tugdual
C’est l’une des plus belles cathédrales gothiques de Bretagne, qui possède un cloître unique du XVe siècle et abrite le tombeau de Saint Yves et celui de Jean V, duc de Bretagne.
La cathédrale Saint Tugdual
La cathédrale du IXe siècle est initialement dédiée à saint André avant de l’être à saint Tugdual. Après avoir été détruite par les Normands vers 970, elle est reconstruite par un certain Gratias, probablement un évêque. De cette construction romane du XIIe siècle il ne reste aujourd’hui que la tour du transept nord dite Tour Hasting. Plusieurs chantiers de construction se succéderont ensuite du XIIIe au XVe siècles.
Elle sera transformée en Temple de la Raison à la Révolution et saccagée en 1794.
Elle abrite le tombeau de Saint-Yves (1253 ? - 1303), Yves Hélory de Kermartin, ou Yves de Tréguier. Cela vaut à la cathédrale d’être un lieu de pèlerinage constant, qui se poursuit encore aujourd’hui par le pardon (fête religieuse) qui a lieu le 19 mai.
Saint-Yves est très populaire en Bretagne : il est le saint patron des avocats, et plus généralement des professions de justice et de droit. En 1924, les évêques bretons le proclament co-patron de la Bretagne avec Sainte-Anne.
Voici ce qu’en dit le poète et historien Joseph Rousse :
« Quand les Bretons voyaient passer dans la campagne
Saint Yves revêtu de son grand manteau blanc
Ils se disaient que Dieu l'avait mis en Bretagne
Pour défendre des grands les faibles, les petits (..) »
Saint Tugdual
Saint Tugdual (également Tudwal ou Thual, ou Pabuth ou Pabu) est quant à lui originaire du Pays de Galles ou de l’actuel Devon, et il serait venu avec 72 religieux évangéliser l’Armorique au VIe siècle. Il est le premier évêque de Tréguier vers 540, où il fonde le monastère de Lan Tréguer, et il est l’un des sept saints fondateurs des évêchés armoricains.
Les récits de sa vie divergent et les historiens ne sont pas tous d’accord sur ses lieux de passage en Armorique. Pour certains, il serait arrivé près du Conquet, dans la presqu’île de Kermorvan. Pour d’autres, il aurait fondé un ermitage à Saint-Pabu, sur l’Aber-Benoit, ou encore à l’abbaye de Lann Pabu dans le Léon.
La cathédrale Saint Tugdual
Il faut assurément aller visiter la cathédrale, l’une des plus belles de Bretagne, riche de découvertes et de détails.
De l’extérieur, vous pouvez déjà prendre la mesure de sa flèche du XVIIIe siècle qui surplombe la ville à plus de 60 mètres de hauteur !
En entrant, vous découvrirez sa nef qui, par sa forme irrégulière a posé de nombreuses questions aux auteurs du XIXe siècle qui l’ont étudiée, car elle résulte d’influences diverses et porte les traces de modifications (différences dans la retombée des arcs, influences normande et anglaise). Vous pourrez aussi observer les différents matériaux qui ont participé de la construction de l’église : pierre de Caen, schiste et granit.
L’escalier de la tour dite de Hasting donne en soubassement sur la salle du trésor de la cathédrale, composé notamment d’ornements sacerdotaux, du « chef » de Saint-Yves (sa tête) dans un reliquaire de vermeil, et de reliques de Saint Tugdual.
Son chevet quant à lui ouvre sur onze chapelles rayonnantes, et il possède un chœur aux voûtes peintes. Le chœur comprend aussi 48 stalles (rangées de sièges) de chêne, réparties en deux fois deux rangs, qui sont sculptées et ornées de personnages, d’animaux, ou de scènes fantastiques. Fait rare, le contrat passé avec les deux artisans de Tréguier qui ont réalisé les stalles, Gérard Dru (d'origine rhénane) et Tugdual Kergus, a été conservé et se trouve aux Archives Départementales des Côtes-d'Armor.
La cathédrale abrite également deux tombeaux d’importance : celui de Saint-Yves, et celui du duc de Bretagne, Jean V (1389-1442), tous deux détruits à la Révolution, et reconstruits en 1889-90. Les reliques de Saint-Yves ont été préservées car elles avaient été déplacées et cachées.
Quant au duc de Bretagne Jean V, il avait une résidence à Tréguier, et souhaitait que sa chapelle funéraire soit placée près de Saint-Yves. Elle est située au Nord, à la rencontre du collatéral Nord et du transept. Sa construction a commencé vers 1442, et le corps de Jean V y est enseveli en 1451.
Enfin, ne manquez pas d’aller voir le cloître du XVe siècle qui est l’un des mieux préservés de Bretagne. En le visitant on a aussi une jolie vue sur le chevet et les trois tours de la cathédrale : la tour de croisée, dite sanctus, la tour des cloches et la tour dite de Hasting. Il comporte 48 arcades, des arcs-boutants en pierre et une voûte en bois qui abrite des gisants (sculptures funéraires représentant un personnage couché) d’hommes d’Église, de chevaliers et de notables, du XVe au XVIIe siècle.
La ville de Tréguier
Tréguier est l’ancienne capitale du Trégor et la ville en témoigne par ces nombreuses maisons à pans de bois et encorbellements, ou ces deux anciennes tours d’armateur sur le port. Vous pouvez y flâner en arpentant ses venelles et en découvrant ses petites places, et aller voir la maison de l’écrivain et penseur Ernest Renan (1823-1892), natif de la ville. Le musée qui s’y trouve vous permet de découvrir les principales étapes de sa vie.
Maison d’Ernest Renan :
https://www.maison-ernest-renan.fr/
Le domaine du Kestellic
A Plouguiel, à 4 minutes en voiture de Tréguier, vous pourrez découvrir les jardins enchanteurs du domaine du Kestellic. L’histoire du domaine commence en 1880 lorsqu’un aventurier et commerçant ayant fait fortune à Constantinople choisit les lieux pour s’y établir. Il bâtit son jardin à flanc d'une falaise surplombant la rivière du Jaudy, en y dessinant des chemins, des terrasses et en y creusant des bassins suspendus. Au fil des siècles le jardin s’enrichit grâce à ses différents propriétaires et il compte des espèces exotiques mêlées à la végétation locale, implantées sur plus de 6 hectares. Il est classé « jardin remarquable » en 1992.
Jardins de Kestellic (entrée payante) :
Tél. 06 60 83 66 05
Les livres et articles
Guillaume Lécuillier, Tréguier, cité épiscopale et ville-port, Éditions Locus Solus, 2021.
Yves Gallet, « Tréguier. Cathédrale Saint-Tugdual », dans Congrès archéologique de France, session 2015 : Monuments des Côtes d'Armor. Le « Beau Moyen Âge » pp. 251-276, Éditions Société française d’archéologie, 2017.
Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, Bretagne gothique : l'architecture religieuse, pp. 445-459, Éditions Picard, 2010.
Louis Chauris, « Un écrin pour un tombeau ou la pierre dans la cathédrale de Tréguier », dans Saint Yves et les Bretons : Culte, images, mémoire (1303-2003), Éditions Presses universitaires de Rennes, 2004.
Yves Gallet, « La cathédrale de Tréguier au temps de saint Yves », dans Jean-Christophe Cassard et Georges Provost, Saint Yves et les Bretons, pp. 79-89, Éditions Presses universitaires de Rennes, 2004.
Anne-Claude Le Boulc'h, « La nef de l'ancienne cathédrale de Tréguier et la formation d'une architecture gothique régionale », dans Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, p. 35-58, 2002.
Jean-Christophe Cassard, Saint Yves de Tréguier, Éditions Beauchesne, 1992.
Les sites Internet
Office de Tourisme Côte de granit rose, Tréguier :
https://www.bretagne-cotedegranitrose.com/villes-de-la-cote-de-granit-r…