Cathédrale Saint-Paul-Aurélien
La cathédrale gothique Saint-Paul-Aurélien témoigne sur plusieurs siècles de l’histoire épiscopale de la ville de Saint-Pol-de-Léon. Son saint patron est le premier évêque du Léon, et l’un des mythiques sept saints fondateurs des évêchés armoricains.
La cathédrale
Siège du diocèse de Léon, créé au VIe siècle, on ne sait rien des fondations de la première cathédrale détruite lors d’un raid Normand vers 875. Un édifice roman est ensuite érigé, probablement dans la première moitié du XIIe siècle, dont il subsiste encore quelques traces (par exemple, des arcatures, c’est-à-dire de petites arcades décoratives).
L’église est à nouveau endommagée vers 1170, lors des incursions dans le Léon des troupes d’Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, duc de Normandie, comte du Maine, d’Anjou et de Touraine, qui souhaite contrôler le duché de Bretagne.
La reconstruction de la cathédrale de style gothique se fait entre le XIIIe siècle et le XVIe siècle. Mais les Anglais incendient la ville et la cathédrale en 1375, l’endommageant de nouveau. Trois évêques qui se succèdent vont alors lancer des campagnes de restauration : il s’agit de Jean Validire, Jean Prigent, puis Guillaume Ferron. La mort de ce dernier marque l’achèvement des travaux vers 1472.
Saint-Pol-de-Léon perd son siège épiscopal en 1801, les anciens évêchés de Cornouaille et de Léon étant remplacés par un seul évêché de Quimper et Léon.
La cathédrale Saint-Paul-Aurélien garde cependant son titre de cathédrale et se voit accorder le titre honorifique de basilique mineure dite de l’Annonciation en 1901 par le pape Léon XIII.
Saint Paul Aurélien
L’histoire de la cathédrale est liée à celle de Paul-Aurélien, ou Pol-Aurélien (en breton Paol Aorelian). Il est le premier évêque du Léon, l’un des sept saints fondateurs des évêchés armoricains, et le saint patron de l’église. Sa vie est riche et mouvementée d’après ce qui nous en est parvenu par les écrits de Wrmonoc (ou Uurmonoc), moine de l’abbaye de Landévennec, qui l’a rédigée en 884 sous le titre latin Vita sancti Pauli Aureliani. À cette époque, la rédaction des « vies » des saints est en partie destinée à asseoir leur renommée et contribue à construire leur légende, surtout quand, comme c’est le cas pour Paul Aurélien, ils sont entourés du prestige de fonder les premiers évêchés.
Paul Aurélien serait donc né vers 480 en Pays de Galles, et, traversant la Manche, il part s’établir en Armorique avec douze compagnons, pour arriver sur l’île d’Ouessant. De là, il gagne ensuite le continent en passant par Lampaul et Lampaul-Plouarzel, le pays d’Ac’h et Plouenan où il rencontre son cousin le comte Withur. Celui-ci lui fait alors don d’un « castel », un ancien camp retranché romain (Castellum legionensis), ainsi que de l’île de Batz. C’est là-bas qu’il débarrasse l’île d’un terrible serpent mangeur d’hommes. Il lui passe son étole autour du cou pour l’entrainer avec lui, avant de lui ordonner de disparaître dans les profondeurs de la mer.
Paul-Aurélien est ensuite ordonné évêque sur demande de son cousin Wythur auprès du roi franc Childebert 1er (497–558), l’un des fils de Clovis. Il a pour mission d’évangéliser les pays d’Ac’h et de Léon. Cette nomination fonde l’évêché de Léon et établit son siège dans le castel qui prendra ensuite le nom de Kastell-Paol.
Saint Paul-Aurélien se retire ensuite dans son monastère de l’île-de-Batz, où il finit ses jours, vivant en ermite. Il est fêté par l’église catholique le 12 mars.
Les orthographes Paul /Paol/Pol
Si le nom Paul Aurélien est bien attesté dès 884 sous la forme Santi Pauli Aureliani, le prénom Paul subit de nombreuses variations orthographiques dans les écrits en latin du début du millénaire : Paulininani, Paulinani, Paulennani, Paulinine, puis Paule dans les litanies de Salisbury et de Reims et enfin Paul au XIVe siècle.
On trouve la dénomination St Paoul de Leon, datant de 1451, et correspondant à la prononciation bretonnante ; mais en breton c’est l’appellation Kastell-Paol qui la remplace dès le XVIIe siècle. En effet, le nom breton Castel-Paol est noté dès 1656, repris par Grégoire de Rostrenen et largement diffusé à partir du XIXe siècle. Suite aux réformes orthographiques de Le Gonideg, la forme normalisée Kastell-Pol ou Kastell-Paol devient la norme dès le début du XXe siècle.
Les cartes anciennes du XVIIe siècle inscrivent Saint Paul de Léon, tandis que les textes de la même époque inscrivent Saint Pol de Léon. La coexistence des deux orthographes dure jusqu’à la fin du XXe siècle.
La cathédrale Saint Paul Aurélien
Prosper Mérimée, alors inspecteur général des Monuments Historiques, la qualifie d’exceptionnelle en 1835, et elle est classée à l’inventaire en 1840.
Ce magnifique édifice de 80 mètres de long recèle bien des trésors et les traces de ses différentes constructions et rénovations au fil des siècles ! Sa nef, par exemple, reflète l’influence de l’architecture normande dans la Bretagne de l’époque. Elle est élevée durant la seconde moitié du XIIIe siècle, sous l’évêque Yves, et consacrée en 1334. Elle est construite en pierre calcaire de Caen, importée par bateaux et débarquée dans l’ancien port voisin de Pempoul, à l’est de la ville.
Ses deux flèches de 50 mètres de hauteur sont construites au XIVe siècle. Elle compte aussi des chapelles latérales datées du XVIe siècle.
La cathédrale possède également trois cloches, dont l’une, le plus vieux bourdon (grosse cloche pesant plusieurs tonnes) de Bretagne, a été fondu en 1563.
Le monument abrite aussi les tombeaux de dignitaires ecclésiastiques et notables locaux, dont celui de Mgr de la Marche, dernier évêque du Léon, décédé en exil à Londres en 1806. Dans le déambulatoire nord, on trouve de petites boîtes en forme d’églises portant des inscriptions et des noms, rangées sur des étagères à l’abri d’une grille, dans ce que l’on appelle un enfeu (une niche funéraire). Il s’agit de crânes d’habitants déposés ainsi au XVIIIe siècle, après que l’évêque ait interdit les inhumations dans le sol de l’église.
Parmi les trésors de la cathédrale, notons la châsse reliquaire en bronze doré de saint Paul-Aurélien, réalisée en 1898, et surtout la cloche de bronze du saint « An hirglas » qui date du haut Moyen-Âge.
La cathédrale compte également de nombreux vitraux, datant du XVIème siècle et du XIXème siècle. Plusieurs d’entre eux représentent des étapes de la vie de Saint Paul Aurélien, d’autres étant dédiés à la Vierge Marie, à la vie du Christ et à des saints (Sainte Anne, Saint Yves, Saint Hervé…). À noter également le grand orgue des facteurs anglais Robert et Thomas Dallam, réfugiés en Bretagne au temps de Cromwell. Construit en 1658-1660, il a été restauré et reconstruit au XIXe siècle. Ses deux flèches de 50 mètres de hauteur sont construites au XIVème siècle. Elle compte aussi des chapelles latérales datées du XVIe siècle.
Les traces de l'ancien siège épiscopal
La ville de Saint-Paul de Léon garde de nombreuses traces de son passé de siège épiscopal. En vous y promenant, vous pourrez découvrir l’ancien palais épiscopal (aujourd’hui la mairie), l’ancien Grand Séminaire, ou encore la Maison Prébendale. Cette dernière a été édifiée par un chanoine nommé Richard vers 1530. Elle tient son nom de la pratique des « prébendes », les revenus ecclésiastiques alloués à un chanoine. Vous pourrez également voir la chapelle du Kreisker, des XIVe et XVe siècles et son impressionnant clocher de 78 mètres de hauteur. Elle est ouverte aux visites tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 18h.
Les livres et articles
Yves-Pascal Castel, Hervé Champollion, Saint-Pol-de-Léon, Éditions Ouest France, 1980.
René Couffon, Albert Le Bars, Diocèse de Quimper et de Léon, Nouveau répertoire des églises et chapelles, P. 391-396, 1988.
Bernard Tanguy, Daniel Tanguy (actes réunis et publiés par), Sur les pas de Paul Aurélien, Actes du colloque international de Saint-Pol-de-Léon, 7-8 juin 1991, Éditions CRBC, Société archéologique du Finistère, 1997.
Pascale Techer, « Saint-Pol-de-Léon, cathédrale Saint-Paul-Aurélien. Les campagnes des XIIIe et XIVe siècles », dans Congrès archéologique de France, Session 2007 Finistère, pp. 325-33, Éditeur Société française d’archéologie, 2009.
Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, « Saint-Pol-de-Léon. Cathédrale Saint-Paul-Aurélien », dans Bretagne gothique, pp. 425-437, Éditions Picard, 2010.
Bernard Merdrignac et Louisa Plouchart, « La fondation des évêchés bretons : questions de l’histoire religieuse à la géographie sociale » (p. 143-163), In Mazel F (dir), L’espace du diocèse. Genèse d’un territoire dans l’occident médiéval (V-VIIIeme siècle).
Bernard Tanguy, Paul Aurélien (St), in Grand dictionnaire historique des Saints et Saintes de Bretagne, pp 506-511, Skol Vreizh, 2024
Les sites Internet
Office de Tourisme de Roscoff :
https://www.roscoff-tourisme.com/fr/
Ministère de la culture : Plate forme ouverte du patrimoine. Cathédrale Saint Paul-Aurélien. https://pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA00064958